vendredi 14 mars 2008

La ville qui tue des femmes

Elles sont des centaines, peut être même des milliers, à avoir été enlevées pour être violées puis étranglées. Plus que le thème d’un film [1] ces meurtres en série sont aussi le macabre décompte de Juarez, ville mexicaine de l'Etat de Chihuahua située à la frontière des Etats-Unis.

Depuis 1993, 2 000 jeunes femmes y sont portées disparues. Plus de 500 cadavres ont été retrouvées. Pas un mois ne passe sans une nouvelle disparition ou la découverte d'une dépouille. Depuis janvier, on ne dénombre pas moins de 14 tuées et 3 disparues. La plupart des victimes viennent de familles pauvres, exploitées dans des maquiladoras [2] , qui, à Juarez, poussent comme des champignons.

Nakarowari Leal Ortiz a 30 ans et vient de Juarez. En 2001, sa mère, institutrice, apprend que le corps d'une de ses anciennes élèves vient d'être retrouvé dans une décharge. La mère de Nakarowari créé alors l'association Nuestras hijas de regreso a casa (Que nos filles rentrent à la maison) pour alerter les médias et dénoncer l’impunité dont bénéficie les réseaux mafieux qui orchestrent les meurtres avec la complaisance d’une police corrompue.

Nakarowari dit se sentir proche des femmes issues de milieux populaires, souvent originaires des campagnes. Au côté de sa mère, Nakarowari se bat pour les femmes de Juarez parce qu’elle même « est la mère d'une petite fille de 12 ans, qui ne peut jamais jouer seule dans un parc ou aller seule à l'école ». Ce combat, elle le mène malgré les nombreuses menaces téléphoniques, les convocations du procureur de l'Etat et les courses-poursuites, menées par des hommes armés dans les rues de la ville mexicaine. Son association a de quoi gêner : tout d'abord les réseaux mafieux, impliqués dans les crimes, mais aussi les autorités et la police, qui ferment les yeux. Malgré tout, l’association se bat courageusement pour mener à bien l’objectif qu’elle s’est fixée : mettre fin à la loi du silence.



[1] Les oubliées de Juarez, de Gregory Nava

[2] Les maquiladoras sont des zones franches employant une main d'œuvre bon marché. La quasi totalité des employés sont des femmes sous-payées qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. Les maquiladoras profitent également de normes environnementales peu exigeantes et d’une faible taxation.