lundi 7 avril 2008

Fitna : un film anti-intégriste ou raciste ?

Geert Wilders aura finalement tenu sa promesse : celle de diffuser Fitna son court métrage « anti-islam ». Le court métrage de 17 minutes ouvre sur la désormais très célèbre caricature montrant le prophète Mahomet coiffé d’une bombe. S’ensuit une lecture de versets du Coran incitant au meurtre des mécréants, le tout agrémenté de prêches haineux, d’images d’attentats, de décapitations d’otages en Irak … Des faits véridiques qui ne sauraient être tus. Se taire face à la barbarie c’est se rendre coupable de trahison envers les démocrates du monde entier. Nul ne peut le contester.
Mais la deuxième partie de Fitna, si elle met en avant la préoccupante montée du communautarisme musulman aux Pays Bas (triste conséquence du relativisme culturel), est en réalité très pernicieuse. En effet, que s’empresse-t-on de désigner aussitôt comme étant le coupable numéro un ? L’évolution de la démographie musulmane depuis le début du siècle dernier bien sûr. Démographie passée aux Pays Bas de 54 individus en 1909 à 944 000 en 2004. Présentée au milieu d’images de pendaisons et autres horreurs, que peut-il s’insinuer d’autre dans la tête du spectateur si ce n’est la peur et le rejet qui va s’ensuivre de l’ensemble de la communauté musulmane ? En Europe, il existe des musulmans qui vivent pacifiquement à nos côtés. Certains d’entre eux ont même trouvé refuge en Europe précisément pour fuir l’islamisme. Pour éviter tout amalgame, il aurait été indispensable de le rappeler. Faut-il croire à une maladresse du réalisateur ? Ou, tout au contraire, à une volonté calculée de véhiculer un message raciste ?

Pour tout dire, Geert Wilders n’en ai pas à sa première bévue. Quel message latent Wilders cherche-t-il à envoyer lorsqu’il compare Coran et Mein Kampf ? Faut-il comprendre que le Coran est le programme politique que les musulmans rêvent de mettre en application tout comme les nazis ont mis en application Mein Kampf ? Un musulman est-il par définition … un nazi ?
La vérité c’est que les islamistes et les gens comme Geert Wilders partagent la même vision de l’islam : pour eux, un bon musulman est un islamiste, point à la ligne ; l’islam n’est pas réformable car toute innovation est blâmable. A ce propos, quelle mouche pique donc les islamistes lorsqu’ils affirment que Fitna salit l’image de l’islam ? L’islam qu’ils revendiquent n’est-il pas conforme à tout point de vue à l’islam montré par Geert Wilders ? Même pensée pour des objectifs qui seuls diffèrent. Si les islamistes sont des fascistes qui veulent conquérir le monde, les Geert Wilders sont des racistes qui cherchent à diaboliser l’immigration musulmane dans le but de l’annihiler.
Geert Wilders appartient à ce courant d’extrême droite dont la rhétorique, centrée essentiellement sur le racisme anti-musulman, est construite sur la base de suggestions et d’insinuations. Stratégie habile qui permet de se dédouaner de toute accusation en racisme. Nombreux sont ceux qui tombent dans le panneau. Ce n’est pas le cas d’Ayaan Hirsi Ali qui, interrogée sur le sujet, a déclaré que Geert Wilders était un « provocateur » et « qu’elle n’était pas d’accord avec lui » (*) Si la mise en garde d’Ayaan Hirsi Ali mérite autant notre attention c’est parce qu’on ne peut guère lui rétorquer qu’elle réagit ainsi par tendresse envers l’islam ...
Le dessinateur de la caricature utilisée dans Fitna envisage quant à lui de porter plainte contre Geert Wilders : selon lui, son dessin a été extrait de son contexte puisqu’il visait à stigmatiser ceux qui se servent de la religion pour justifier la violence (et non la communauté musulmane). On ne peut que se féliciter de telles réactions car elles vont permettre de continuer à marquer des points contre les islamistes et les contradicteurs de Charlie Hebdo.
Deux ans après l’affaire des caricatures, les vrais défenseurs de la liberté d’expression sont aujourd’hui en train de démontrer que, contrairement à tous les mauvais procès qu’on a pu leur intenter par le passé, ils savent faire la différence entre critique de l’islam et incitation à la haine. La diffusion de Fitna aura permis cette mise au point d’importance.

(*) Charlie Hebdo n°821, « La realpolitik et la barbe du prophète » par C.Fourest