Le triomphe des islamistes de Grozny
La population tchétchène n'est pas encore au bout de son calvaire. Après quinze années de guerre, le Kremlin a nommé à la tête de la république Ramzan Kadyrov, islamiste pur et dur et petit protégé de Vladimir Poutine en personne.
Déclenchée en 1999 des suites de l'incursion au Daghestan du wahhabite indépendantiste Bassaïev, la deuxième guerre de Tchétchénie, désignée par Poutine comme une opération « anti-terroriste », a coûté la vie à entre 100 000 et 300 000 civils tchétchènes.
Pro-fédéral et anti-wahhabite, Kadyrov est donc entré dans les bonnes grâces de Poutine qui lui a décerné la médaille du héros de la Russie. Et quel héros si on peut encore décemment utiliser ce terme pour un tel personnage.
Pendant l'affaire des caricatures, alors qu'il était premier ministre de la République de Tchétchénie, Kadyrov a interdit la présence sur le sol tchétchène d'ONG danoises dont certaines étaient dévouées à l'humanitaire. Kadyrov est décrit comme un nationaliste radical. Violent et antidémocratique, il est également accusé d'actes de torture et de meurtres.
Anna Politkovskaïa, la journaliste assassinée qui s'était brillamment illustrée par son courage en effectuant plusieurs reportages en Tchétchénie pour y dénoncer les atrocités qui s'y déroulaient a écrit dans l'un de ses derniers articles publié le 11 septembre 2006 : « Qu'est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l'insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l'amabilité. En Tchétchénie le Kadyrovtsy frappe les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c'est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis Wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités par "détails afin de soulever des Tchétchènes en faveur de la Russie". »
En résumé, loin d'avoir enrayé l'islamisme et le terrorisme, Poutine et sa brillante équipe n'ont réussi, tout au contraire, qu'à rendre cette région du monde encore plus dangereuse qu'elle ne l'était avant. Et cela en accomplissant ce qui relève d'un double exploit :
L'armée Russe, qui s'est rendue coupable d'actes de sauvagerie inouïe envers la population civile, n'a fait qu'exacerber les haines en poussant des Tchétchènes, désireux de venger leurs proches, vers le chemin du terrorisme. Une guerre bien improductive … et pour aboutir à quel résultat ? Finir par donner les rennes du pouvoir à ceux là même qui se revendiquent de l'islamisme, cette idéologie fascisante dans laquelle le terrorisme islamiste prend naturellement sa source. On tombe donc très loin des objectifs de départ tant clamés par Poutine.
Grozny, ville martyre de l'invasion Russe, a été rebâtie par Kadyrov qui tient plus du chef de secte que d'un véritable président. Pour cause, le culte de la personnalité est partout. "Ensemble, nous bâtissons le futur", dit un des portraits géants du président. Et quel futur !
En guise de projet politique, Ramzan Kadyrov souhaite « normaliser » la société tchétchène. Mais ce projet de normalisation n'a strictement rien à voir, comme on aurait pu s'y attendre, à un juste retour à la vie normale après quinze années de guerre. En réalité, l'actuel président souhaite imposer à l'ensemble de la société un ordre moral à cheval entre traditions patriarcales et islam rétrograde.
Désormais, le président l'a décidé, les jeunes filles doivent porter le foulard à l'université. Une mesure qui n'aurait « rien de très contraignant » selon les propres mots de Kadyrov. Peut être pour ne pas abattre d'un coup toutes les cartes du radicalisme, Kadyrov a affirmé que celles qui ne veulent pas avoir la tête entièrement recouverte peuvent se contenter d'un ruban négligemment noué sur les cheveux. Entendrons nous certains nous affirmer que Kadyrov est un des ces islamistes modérés avec lequel on peut bien s'accommoder ? Chassez le naturel, il revient au galop. Loin d'être modéré, Kadyrov a promis que les étudiantes, à partir de 2009, devront porter le hidjab. Pour se justifier, le président se dit certain qu'"elles adoreront cela"...
A la manière des intégristes chrétiens qui sont au pouvoir en Pologne, le rappel des normes de bonne conduite est omniprésent dans les médias. A la télévision, une émission est même dédiée à mettre en garde contre les tenues vulgaires et les moeurs déplacées. Bien sûr, cet ordre moral et sexuel vise uniquement les femmes qui, parait-il, en prendraient un peu trop à leur aise et qui sont donc systématiquement pointées du doigt comme étant fautives et impures.
La dégradation de la condition des femmes va donc en s'accélérant dans une société déjà fortement marquée par les traditions patriarcales. En novembre, les corps de sept jeunes filles assassinées par balles ont été découverts dans les environs de Grozny. Selon un responsable du parquet russe pour la Tchétchénie, les sept victimes, âgées de 25 ans à 30 ans, ont probablement "été victimes de criminels" qui auraient vu en elles "des femmes pouvant avoir un mode de vie amoral". Un mode de vie « amoral » qui peut donc justifier un abattage en bonne et due forme.
Mais pour Natalia Istemirova, qui dirige l'association de défense des droits de l'homme Memorial à Grozny, la vérité est ailleurs : "Ces assassinats n'ont rien à voir avec des crimes d'honneur parce que, dans ce cas, les jeunes filles, tuées par leur propre famille, sont enterrées et non pas laissées dans un fossé. Et puis en général, les familles font cela en secret." Selon elle, ces femmes auraient pu "être les témoins gênants de choses qu'elles n'auraient pas dû voir. Le fait que le parquet russe mette en avant l'amoralité des jeunes filles prouve", ajoute-t-elle, "qu'il n'y a pas de volonté de mener une enquête sérieuse". Qui dit vrai ? Personne n'a la réponse mais nul doute que les femmes Tchétchènes n'ont de toute façon pas de beaux jours devant elles. Kadyrov est en train de leur bâtir un futur sombre.
Déclenchée en 1999 des suites de l'incursion au Daghestan du wahhabite indépendantiste Bassaïev, la deuxième guerre de Tchétchénie, désignée par Poutine comme une opération « anti-terroriste », a coûté la vie à entre 100 000 et 300 000 civils tchétchènes.
Pro-fédéral et anti-wahhabite, Kadyrov est donc entré dans les bonnes grâces de Poutine qui lui a décerné la médaille du héros de la Russie. Et quel héros si on peut encore décemment utiliser ce terme pour un tel personnage.
Pendant l'affaire des caricatures, alors qu'il était premier ministre de la République de Tchétchénie, Kadyrov a interdit la présence sur le sol tchétchène d'ONG danoises dont certaines étaient dévouées à l'humanitaire. Kadyrov est décrit comme un nationaliste radical. Violent et antidémocratique, il est également accusé d'actes de torture et de meurtres.
Anna Politkovskaïa, la journaliste assassinée qui s'était brillamment illustrée par son courage en effectuant plusieurs reportages en Tchétchénie pour y dénoncer les atrocités qui s'y déroulaient a écrit dans l'un de ses derniers articles publié le 11 septembre 2006 : « Qu'est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l'insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l'amabilité. En Tchétchénie le Kadyrovtsy frappe les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c'est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis Wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités par "détails afin de soulever des Tchétchènes en faveur de la Russie". »
En résumé, loin d'avoir enrayé l'islamisme et le terrorisme, Poutine et sa brillante équipe n'ont réussi, tout au contraire, qu'à rendre cette région du monde encore plus dangereuse qu'elle ne l'était avant. Et cela en accomplissant ce qui relève d'un double exploit :
L'armée Russe, qui s'est rendue coupable d'actes de sauvagerie inouïe envers la population civile, n'a fait qu'exacerber les haines en poussant des Tchétchènes, désireux de venger leurs proches, vers le chemin du terrorisme. Une guerre bien improductive … et pour aboutir à quel résultat ? Finir par donner les rennes du pouvoir à ceux là même qui se revendiquent de l'islamisme, cette idéologie fascisante dans laquelle le terrorisme islamiste prend naturellement sa source. On tombe donc très loin des objectifs de départ tant clamés par Poutine.
Grozny, ville martyre de l'invasion Russe, a été rebâtie par Kadyrov qui tient plus du chef de secte que d'un véritable président. Pour cause, le culte de la personnalité est partout. "Ensemble, nous bâtissons le futur", dit un des portraits géants du président. Et quel futur !
En guise de projet politique, Ramzan Kadyrov souhaite « normaliser » la société tchétchène. Mais ce projet de normalisation n'a strictement rien à voir, comme on aurait pu s'y attendre, à un juste retour à la vie normale après quinze années de guerre. En réalité, l'actuel président souhaite imposer à l'ensemble de la société un ordre moral à cheval entre traditions patriarcales et islam rétrograde.
Désormais, le président l'a décidé, les jeunes filles doivent porter le foulard à l'université. Une mesure qui n'aurait « rien de très contraignant » selon les propres mots de Kadyrov. Peut être pour ne pas abattre d'un coup toutes les cartes du radicalisme, Kadyrov a affirmé que celles qui ne veulent pas avoir la tête entièrement recouverte peuvent se contenter d'un ruban négligemment noué sur les cheveux. Entendrons nous certains nous affirmer que Kadyrov est un des ces islamistes modérés avec lequel on peut bien s'accommoder ? Chassez le naturel, il revient au galop. Loin d'être modéré, Kadyrov a promis que les étudiantes, à partir de 2009, devront porter le hidjab. Pour se justifier, le président se dit certain qu'"elles adoreront cela"...
A la manière des intégristes chrétiens qui sont au pouvoir en Pologne, le rappel des normes de bonne conduite est omniprésent dans les médias. A la télévision, une émission est même dédiée à mettre en garde contre les tenues vulgaires et les moeurs déplacées. Bien sûr, cet ordre moral et sexuel vise uniquement les femmes qui, parait-il, en prendraient un peu trop à leur aise et qui sont donc systématiquement pointées du doigt comme étant fautives et impures.
La dégradation de la condition des femmes va donc en s'accélérant dans une société déjà fortement marquée par les traditions patriarcales. En novembre, les corps de sept jeunes filles assassinées par balles ont été découverts dans les environs de Grozny. Selon un responsable du parquet russe pour la Tchétchénie, les sept victimes, âgées de 25 ans à 30 ans, ont probablement "été victimes de criminels" qui auraient vu en elles "des femmes pouvant avoir un mode de vie amoral". Un mode de vie « amoral » qui peut donc justifier un abattage en bonne et due forme.
Mais pour Natalia Istemirova, qui dirige l'association de défense des droits de l'homme Memorial à Grozny, la vérité est ailleurs : "Ces assassinats n'ont rien à voir avec des crimes d'honneur parce que, dans ce cas, les jeunes filles, tuées par leur propre famille, sont enterrées et non pas laissées dans un fossé. Et puis en général, les familles font cela en secret." Selon elle, ces femmes auraient pu "être les témoins gênants de choses qu'elles n'auraient pas dû voir. Le fait que le parquet russe mette en avant l'amoralité des jeunes filles prouve", ajoute-t-elle, "qu'il n'y a pas de volonté de mener une enquête sérieuse". Qui dit vrai ? Personne n'a la réponse mais nul doute que les femmes Tchétchènes n'ont de toute façon pas de beaux jours devant elles. Kadyrov est en train de leur bâtir un futur sombre.
